• Girondot, M. 1993.Analyse des facteurs génétiques et épigénétiques impliqués dans la détermination du sexe chez les reptiles. PhD thesis, University Pierre et Marie Curie, Paris 6.

    Résumé

    La détermination du sexe chez les reptiles est classée traditionnellement en deux catégories distinctes: la détermination du sexe génotypique (GSD) et la détermination du sexe par la température (TSD). Dans cette dernière catégorie, la sensibilité à la température présente une variabilité génétique, mais il est généralement admis que cette dernière n'a que peu d'influence sur la détermination du sexe dans les conditions naturelles.

    Dans le but de réévaluer l'importance du composant génétique dans la différenciation sexuelle chez un chéeacute;lonien, des oeufs de différentes pontes de la Cistude d'Europe, Emys orbicularis, ont été incubés à 28,5šC, température à laquelle les deux sexes peuvent se différencier au sein d'une même ponte. La structure des gonades de nombreux animaux reste plus longtemps indifférenciée que celle des embryons incubés à 25šC, température masculinisante ou à 30šC, température féminisante. A la naissance, un certain nombre d'animaux ont des gonades intersexuées, présentant à la fois un développement de tubes testiculaires dans la médulla et une prolifération des cellules germinales dans le cortex. L'évolution post-natale de la gonade de ces animaux se fera en testicule par destruction du cortex suite à une infiltration de cellules de type lymphocytaire. La mesure de la variance des sex ratios ponte par ponte lors d'incubations à 28,5šC permet d'établir que la variabilité inter-ponte est plus forte que dans l'hypothèse où aucun composant génétique n'interviendrait.

    Plusieurs expériences antérieures ont mis en évidence le r™le majeur des oestrogènes dans la différenciation des gonades et ont suggéré que chez les reptiles présentant TSD, la synthèse de l'aromatase, enzyme convertissant les androgènes en oestrogènes, est régulée par la température. Nous avons étudié chez une tortue marine (Dermochelys coriacea) l'influence de changements de température sur l'activité aromatase des gonades et, chez Emys orbicularis, la relation entre la structure des gonades et leur activité aromatase à la température critique. Chez D. coriacea, la période de sensibilité à la température pour l'activité aromatase est la mêc;me que la période thermosensible pour la différenciation des gonades. Chez Emys orbicularis, à 28,5šC, l'activité aromatase est faible chez les mâles et les intersexués alors qu'elle est nettement plus élevée chez les femelles. Des différences génétiques doivent donc exister dans la régulation de l'enzyme entre ces deux catégories d'individus. Chez les mâles et intersexués, il existe une corrélation positive entre l'activité aromatase et le volume du cortex des gonades. Chez les femelles, on observe une corrélation négative entre l'activité aromatase et le volume médullaire des gonades.

    L'influence du composant génétique sur la détermination du sexe au sein d'une population naturelle a été évaluée par la mesure de l'expression de l'antigène HYs dans le sang d'animaux capturés en Brenne. En efffet, l'expression de cet antigène dans les tissus non gonadiques est considérée comme un marqueur du sexe hétérogamétique chez de nombreuses espèces animales. La majorité des femelles de la population étudiée est H-Ys+ (95%) et la majorité des mâles est H-Ys- (89%). Le composant génétique de la différenciation sexuelle a donc une importance majeure au sein de cette population. Dans ces conditions, la sex ratio primaire ne devrait pas être déviée de moitié mâle-moitié femelle. Or la sex ratio de la population est déviée en faveur des femelles. Ceci peut être expliqué par une survie annuelle plus forte chez les femelles que chez les mâles. En effet, une faible différence de survie annuelle entre les femelles et les mâles aura un effet d'autant plus important sur la sex ratio de la population que la survie annuelle des individus est forte (>0,9 chez Emys orbicularis en Brenne).

    Un autre marqueur génétique codominant a été trouvé en utilisant une nouvelle méthode d'analyse du polymorphisme des séquences répétées en tandem. Ce marqueur, une séquence GGCT répétée en tandem, n'est concentré que sur un locus chromosomique chez Emys orbicularis. La comparaison des résultats obtenus avec ce marqueur et HYs permet de conclure que la différenciation sexuelle chez Emys orbicularis est du type ZZ/ZW/WW et que la température inverse le sexe de moins de 10% des animaux en condition naturelle..